Actualité syndicale du site de Bosch Saint-Ouen
Après une première rencontre préparatoire avec le Préfet et les organisations syndicales le jeudi 7 avril cette nouvelle table ronde a réuni:
- Les Directions des sociétés BOSCH (M. OLIVIER , Mme DAVESNE, Mrs BAEUMLIN et OLSEN) et SILLIA VL (Mrs CASSIN et JOUAN)
- Les représentants du personnel (pour la C.F.D.T Henry DUARTE, Marc SOUBITEZ (BOSCH) et Fathi CHAABANI (SILLIA))
- Les Elus(es) concernés : Mme la Maire de Vénissieux (Michèle PICARD), l’assistant Parlementaire du Député (M. Yves BLEIN), un représentant de la Métropole de Lyon ainsi que de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
- Le Commissaire au Redressement Productif et la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail.
Cette réunion dura près de 2H15 et fut riche en débat et en échanges.
Monsieur DELPUECH Préfet du Rhône ouvrit la discussion en rappelant ce qui était la priorité et l’exigence de l’Autorité Publique dans le Département vis-à-vis du Groupe BOSCH et de SILLIA à savoir: « tout mettre en œuvre pour maintenir une activité industrielle sur les sites concernés et au pire écarter toute menace de licenciements secs ! »
Madame la Maire de Vénissieux, exprima sa volonté de voir le Groupe BOSCH assumer ses responsabilités estimant que ce dernier avait largement les moyens d’assurer la pérennité de ces sites.
Elle indique qu’au regard du taux de chômage très important sur la ville de Vénissieux il serait inacceptable que BOSCH contribue à dégrader un peu plus cette situation de l’emploi.
Cette volonté était partagée par le représentant du Député de la Circonscription.
Les représentants de la Région et de la Métropole ont rappelé leur disponibilité pour soutenir SILLIA au travers de la mobilisation des fonds de garantie et dans sa recherche de financements ainsi que leur implication dans la recherche de solutions alternatives externes pour BOSCH.
Monsieur le Préfet, invita ensuite les organisations syndicales à intervenir.
La C.F.D.T s’exprima la première.
En se félicitant de la tenue de cette table ronde, elle exprima néanmoins la crainte de ce que cette dernière arrive tardivement en particulier pour le site « historique » de BOSCH diesel.
En effet la Direction Générale de R.B.F.R a d’ores et déjà annoncée son intention de mettre fin le mois prochain aux travaux de la Commission de ré-industrialisation en ce qui concerne la recherche en interne.
La C.F.D.T regretta également une absence importante dans l’assemblée.
Car en dépit de la respectabilité et de la qualité des représentants de la Direction, ces derniers ne sont absolument pas décisionnaires des questions d’emplois et d’investissements du Groupe dans notre pays.
Ces décisions stratégiques sont prises Outre-Rhin par le Directoire du Groupe et dans une moindre mesure par les Divisions d’appartenance des sites concernés.
Concernant BOSCH diesel, la C.F.D.T rappela qu’elle considérait que des solutions alternatives internes économiquement et socialement rentables avaient émergé (transfert de lignes de bougies de Rodez ou de corps d’injecteurs CRI de Bamberg) mais que ces options se voyaient opposer des refus catégoriques dogmatiques nimbés de mauvaise foi évidente !
Pour la Direction de la Division diesel DS, la décision est prise depuis longtemps : «Il faut fermer Vénissieux et il n’y a plus rien à discuter ! »
La C.F.D.T a informé les autorités publiques de la décision des organisations syndicales du site de leur décision de se pourvoir d’un avocat afin de saisir la Justice pour faire invalider le PSE que la Direction va engager et faire condamner cette dernière pour absence de motif économique à cette fermeture.
Et la C.F.D.T de rappeler la santé insolente du Groupe BOSCH en ce début d’année 2016.
En 2015, un chiffre d’affaires à 70, 7 milliards d’€uros en croissance de 10%.
Un résultat net (bénéfice) à 4,6 milliards d’€uros en progression de … 24% !!!
Le secteur automobile de BOSCH en hausse 12,8% et sa Division Diesel de 8,1% !
Concernant BOSCH Rexroth, la C.F.D.T apporta son soutien à ses homologues en craignant que la décision du Directoire du Groupe de transférer les distributeurs vers la Turquie ne soit irréversible.
Nous alertions également les pouvoirs publics du manque de loyauté dans les débats en cours, car selon nos informations, des voix se sont exprimées au sein de la Gouvernance du Groupe afin de se séparer à termes de la seconde activité du site (pourtant très rentable) celle des Joysticks.
Enfin concernant SILLIA, la C.F.D.T a de nouveau manifesté ses craintes devant une santé financière très fragile et réitérée ses critiques face à un management local et un dialogue sociale qui apparaissent « inadaptées ».
La C.F.D.T exprima également les inquiétudes des salariés(es) face à l’avancement du calendrier et la sortie, dans un peu plus d’une année, du parapluie social accordé par BOSCH.
Après les organisations syndicales, se fut au tour des Directions de s’exprimer.
Pour SILLIA, Monsieur CASSIN tint un discours que l’on peut qualifier de clair et direct. Il rappela tout d’abord les débuts difficiles de la reprise avec une première année quasiment sans activité qui aura vu se consommer en un seul exercice la subvention d’équilibre allouée par BOSCH (prévue pour 3 ans).
Il évoqua de nombreuses difficultés techniques et l’impossibilité de pouvoir mettre en place une 4ème équipe permettant de donner à l’outil de travail la productivité escomptée.
En revanche, dans la foulée de la « COP 21 » ; il considère que les perspectives sont désormais beaucoup plus favorables.
L’énergie solaire a désormais une place reconnue avec enfin une vraie volonté politique de promouvoir le photovoltaïque.
Le carnet de commandes serait plein et le nouvel appel d’offres multipliera par 2 les volumes qui seront étalés sur 3 ans.
Monsieur CASSIN souligne également une amélioration lente mais continue de la productivité avec un 1er trimestre en net hausse.
Mais ce dernier, ne dissimule pas la nécessité de refinancement de SILLIA et son besoin d’un apport de 12 millions d’€uros afin de répondre aux évolutions technologiques des modules. Ces investissements seraient reportés en 2017.
Le commissaire eu redressement productif indique le soutien de la puissance publique au travers de la BPI afin de convaincre les banques.
Une accélération du montage financier est en cours et devrait permettre à SILLIA de traverser cette crise financière.
Pour BOSCH, Monsieur OLIVIER tente, moins bien que plutôt mal, de justifier les choix stratégiques et économiques du Groupe BOSCH.
Ainsi, il indique que le Groupe n’investit plus dans les pays de l’Europe de l’Ouest !
Il est aussitôt interrompu par la C.F.D.T pour lui rappeler qu’en 2016, le Groupe investira 1,620 milliard en Allemagne et qu’à notre connaissance, ce pays se trouve en Europe de l’Ouest !!!
Comme d’habitude, c’est ce Pays qui captera plus de 40% des investissements du Groupe et qu’il fallait comparer ce chiffre de 1,620 milliard d’€uros avec les 52 millions d’€uros qui sont annoncés pour la France en 2016 alors que notre pays reste le 2ème débouché commercial Européen (ex-aequo avec le Royaume Unis) pour les produits du Groupe. (Après l’Allemagne)
Monsieur OLIVIER évoque aussi le déclin du diesel et donc l’impossibilité pour la Division diesel de BOSCH de ré-investir à Vénissieux.
Là encore, la C.F.D.T lui objecte que la même Division DS va injecter près de 400 millions d’€uros en 2016 dans ses grandes unités de production d’Outre Rhin (Bamberg, Homburg, Feuerbach) ce qui signifie que l’on est encore très loin de la mort annoncée de la motorisation diesel.
Pour BOSCH Rexroth, Monsieur OLIVIER réaffirme que la concertation est encore en cours mais qu’il est vrai que ce n’est pas la piste proposée par les organisations syndicales du site qui a la « préférence » du Directoire.
Monsieur Baeumlin s’efforça d’éclairer un peu les débats en manifestant son optimisme concernant la piste externe (Boostheat).
Il indiqua néanmoins que ce projet prenait un peu de retard au regard des premières projections qui montraient un démarrage à la fin de l’année 2016.
Désormais, ce serait plutôt pour la fin 2017 !
La C.F.D.T rappela alors son courrier demandant à la Direction de reporter d’une année le transfert des Eléments Pistons cylindres P vers le Brésil en raison de la dégradation certaine de la situation politique, économique et institutionnelle dans ce pays et des risques d’altération des livraisons au client.
Ce report d’une année pourrait permettre de faire le joint avec l’arrivée du projet thermo-technique.
Monsieur le Préfet insista afin que M. OLIVIER réponde à la C.F.D.T.
Ce dernier indiqua que la Direction Générale de R.B.F.R avait trouvé les arguments de la C.F.D.T pertinents et que de ce fait elle avait procédé à la traduction du courrier et qu’elle avait adressé ce dernier au Directoire.
Conclusion
Monsieur DELPUECH a clôturé cette table ronde en portant des propos plutôt sévères à l’encontre de la Direction du Groupe BOSCH.
Rarement, Monsieur OLIVIER ne dut subir et accepter pareil réquisitoire !
M. le Préfet indiqua clairement « que les réponses apportées ne correspondaient pas aux attentes qui sont les nôtres ! ».
Il précisa qu’il ferait remonter ce mécontentement auprès des Ministères concernés par ce dossier afin que le Directoire du Groupe BOSCH soit interpellé sur ses choix industriels en France et en particulier sur Vénissieux.
Il rappela qu’il ne suffisait pas que Monsieur CARRIE (le Président de Robert BOSCH France) fasse état de sa satisfaction quant aux impacts positifs du C.I.C.E, du crédit Impôt Recherche Développement, de la baisse des charges (allocations familiales…) et de l’amélioration de la productivité en France au regard de l’Allemagne, pour dédouaner le Groupe BOSCH de son manque d’implication sur sa stratégie industrielle en France et en particulier à Vénissieux !
Au final, une réunion qui ne servira peut être pas à grand-chose mais qui aura permis d’établir à l’identique que devant une cours de Justice, la responsabilité évidente d’un Groupe à la santé flamboyante et qui délibérément laisse mourir le site de Vénissieux !!!